« Tromper la cadence » est un épisode d’une vaste exploration, « Creuser ». Ce projet est une balade conduite par Laura Freeth et Kevin Chrismann à travers les champs et les images, une enquête qui trouve ses origines dans la recherche d’une moissonneuse-batteuse enfouie sous terre.
« Tromper la cadence » constitue une pause, un printemps ; Cette exposition est une respiration qui mêle des récits, gestes et matériaux issus de collectages recueillis depuis quelques années,
auprès de paysan·nes ou de travailleur·euses du paysage. Cette fabrique d’archives par le film, les notes et les enregistrements constitue une mémoire des rythmes et des saisons avec lesquels les artistes travaillent pour donner à voir une histoire en cours, avec ses lueurs et ses célébrations.

Entretien avec Laura Freeth & Kévin Chrismann

Q. Comment se situe cette exposition dans votre parcours artistique et quels en sont les fils conducteurs ?
R. TROMPER LA CADENCE s’inscrit dans une démarche assez longue dans le temps et qui a pour titre CREUSER ; elle a commencé il y a six ans et se poursuit encore. C’est aussi une démarche dans l’espace géographique : elle a débuté dans le Gers, à la recherche d’une moissonneuse-batteuse enfouie dans la terre, puis il y a eu une exposition dans les Landes, suivi d’un séjour en Arménie, pas loin de la frontière turque. Une autre exposition a eu lieu à Saverdun : c’est là que nous avons établi un contact avec Rue des Arts et voilà pourquoi nous sommes là aujourd’hui.
Q. Comment s’organise le travail en commun ?
R. Toutes les décisions sont prises à deux. Les idées et les gestes s’enrichissent de ce ping-pong esthétique, intellectuel et matériel. Par ailleurs, nous travaillons en collaboration avec d’autres artistes. Par exemple, un de nos amis, Léo Sudres, a co-réalisé le film qui est au cœur de TROMPER LA CADENCE.
Q. Puisque nous parlons du film, que pouvez-vous nous dire à son sujet ?
Tout d’abord, il s’agit d’un film tourné en argentique, avec une caméra 16 mm. La démarche avec l’image analogique est de proposer un dialogue avec l’utilisation du numérique. De la préparation des prises de vue jusqu’au développement il y a un temps long et l’image obtenue est précieuse, de l’ordre du souvenir. Il y a une recherche de frugalité dans le geste, ce qui n’exclut les surprises, les incidents, les ratés qui n’en sont pas vraiment puisque tout est réutilisé et refaçonné. Il y a aussi du bricolage dans l’usage du 16 mm : sonore, mécanique, chimique. Et cela répond à une économie de moyens qu’on retrouve ailleurs dans l’exposition, avec la réutilisation de matériel et d’objets agricoles, la façon dont les différentes pièces s’aident les unes les autres, le souci de fabriquer du silence plus que du bruit.
Q. Comment les différents éléments de l’installation se répondent-ils et se complètent-ils ?
R. Les objets et les pièces qui constituent l’installation s’entraident, se soutiennent et se répondent. Même les espaces présents entre eux sont importants puisque le vide permet de créer de l’hors-champ. L’idée est de partir à la recherche de ce qui disparaît ou qui est impossible à transmettre.
Présentation de l’installation Tromper la cadence de Laura Freeth & Kévin Chrismann
Ce qui constitue en partie le charme et l’intérêt de nos expositions successives tient au fait que la Galerie du Philosophe aime se métamorphoser, se transformer, voire se transmuter. Ses murs blancs, son haut plafond, sa profondeur, son ouverture sur la place lui confèrent des facultés d’adaptation que les artistes explorent, les uns après les autres, avec audace et imagination, tout en restant fidèles à ce qui fait leur originalité. Avec leur installation TROMPER LA CADENCE, Kévin Chrismann et Laura Freeth suivent eux aussi cette voie et nous proposent une nouvelle occupation des espaces de la Galerie.
Le parcours qu’ils ont conçu fait des zigzags dans le temps et l’espace. Les traces qu’ils nous invitent à suivre sont parfois aux limites de l’invisible. Les images qu’ils nous donnent à voir sont des témoignages d’une réalité filtrée par leur sensibilité et qui prend part à un parcours d’enquête plus large dont Kévin et Laura deviennent des personnages. Les différents éléments de l’installation s’épaulent les uns les autres : big bags suspendus comme des voiles et retenus par des contrepoids de béton moulés dans des chutes de ces mêmes bâches. Ces châssis sont le support de peintures à l’argile, images hésitantes issues d’un film 16 mm des films collectés lors de leur recherche qui ensuite se déploient sans se dévoiler complètement, ombres et silhouettes que l’on devine plus qu’on ne les voit.
TROMPER LA CADENCE nous invite à nous interroger sur le rythme des saisons qui passent et reviennent sans fin, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait différentes. et avec lesquelles on travaille et on s’adapte. Pour le visiteur, dans la Galerie, cela peut aussi être compris comme une invitation à s’arrêter, à suspendre son pas, à écouter l’écho du passé qui résonne dans le futur, ce qui est une façon comme une autre de se fondre dans la mémoire collective.

À propos des artistes

Laura Freeth
Artiste plasticienne contemporaine, formée à l’école des Beaux-Arts de Toulouse, elle en sort diplômée en 2013. Passionnée par les pratiques artistiques collectives, elle a contribué à la création du Collectif IPN, un espace de travail partagé où se croisent des disciplines variées. Son approche artistique, à la fois plurielle et engagée, l’amène à explorer la sculpture, la performance, l’impression et l’installation, souvent en collaboration avec d’autres créateurs.
Aujourd’hui, elle vit et travaille en Occitanie, où elle poursuit une démarche artistique marquée par l’expérimentation et le dialogue avec son environnement.
Kévin Chrismann
Kévin Chrismann est un artiste plasticien contemporain, diplômé de l’École supérieure d’art et de design des Pyrénées, où il a obtenu son DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique) avec mention en 2021. Son travail artistique se caractérise par une exploration des fragments poétiques d’un monde en transformation, où les structures politiques et économiques en déliquescence deviennent une source d’inspiration pour de nouvelles formes, idées et images.
Passionné par les questions de ruralité, de mémoire collective et d’archéologie contemporaine, il utilise des médias variés tels que les installations, les sculptures, les textes, les images et les vidéos. Kévin Chrismann est également membre du Collectif IPN, un atelier autonome partagé à Toulouse, où il collabore avec d’autres artistes pour développer des projets communs .
Parmi ses collaborations marquantes, on retrouve le projet « Creuser » (2023), présenté au Centre d’art contemporain Raymond Farbos à Mont-de-Marsan, ainsi que l’exposition « Tromper la cadence » (2026) à la Galerie du Philosophe, qu’il a co-créée avec Laura Freeth. Ces travaux reflètent son intérêt pour les récits historiques, les paysages et les pratiques d’enfouissement.
⭐ Vernissage samedi 11 avril à partir de 18h
📆 Ouverture du mercredi au dimanche de 14h à 18h
